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De Marrakech au Sahara : ce que l’on traverse vraiment

On imagine souvent le Sahara comme une destination en soi, un point sur la carte que l’on rejoint et d’où l’on repart. En réalité, la route qui y mène depuis Marrakech est déjà une bonne partie du voyage. Elle traverse en une journée des paysages qui n’ont presque rien en commun, et c’est ce contraste, plus que les dunes elles-mêmes, qui surprend la plupart des voyageurs.

Le départ se fait tôt. Marrakech est encore fraîche, les rues du sud de la médina à peine réveillées, et la ville se défait vite. En moins d’une heure, les derniers immeubles laissent place aux premiers reliefs, et la route commence à grimper.

Le Haut Atlas, première rupture

Le col du Tizi n’Tichka culmine à un peu plus de deux mille deux cents mètres. On y monte par une succession de lacets, avec des villages accrochés au versant, des terrasses cultivées et, l’hiver, de la neige sur les sommets. C’est un passage qui se mérite : la route est belle mais lente, et il faut accepter de s’arrêter, pour la vue autant que pour souffler.

Juste après le col, une piste part vers Telouet et sa kasbah, ancienne résidence du Pacha Glaoui. Beaucoup de circuits la contournent pour gagner du temps. C’est dommage, parce que la vallée de l’Ounila qui la prolonge est l’un des plus beaux tronçons du trajet, et qu’elle débouche naturellement sur le ksar d’Aït Ben Haddou.

Entre le col et les premières dunes, il ne s’écoule qu’une journée. Mais on a changé de monde trois fois.

Ouarzazate et la vallée du Drâa

Passé Ouarzazate, le paysage s’assèche franchement. La végétation se raréfie, les couleurs virent à l’ocre et au gris, et la route file vers le sud en suivant la vallée du Drâa. C’est une longue palmeraie, presque continue, ponctuée de ksour en pisé dont certains sont encore habités. Agdz, Zagora, Tamegroute : les noms s’enchaînent, et à chaque fois le désert se rapproche un peu.

La route goudronnée s’arrête à M’Hamid El Ghizlane. C’est le dernier village avant l’erg, et la bascule est nette : on quitte l’asphalte pour la piste, le 4×4 prend le relais, et le paysage devient une succession de regs pierreux, de bosquets de tamaris et de dunes basses avant les grandes.

Combien de temps faut-il y consacrer

Tout dépend de ce que l’on vient chercher. Faire l’aller-retour depuis Marrakech en deux jours est possible, mais cela revient à passer l’essentiel du temps en voiture pour une seule nuit dans les dunes. Avec six jours, on peut descendre vers l’Erg Chegaga, traverser le lac asséché d’Iriki et remonter par l’Anti-Atlas jusqu’à Taroudant, ce qui donne au trajet une vraie cohérence : c’est le parti pris de notre circuit de Marrakech à Taroudant.

Ceux qui veulent aller plus loin dans le désert lui-même préfèrent souvent rejoindre M’Hamid directement et consacrer tous leurs jours aux dunes, en bivouac itinérant. C’est une autre façon de voyager, plus lente, où la route n’est plus qu’un préambule. Nos différents itinéraires partent des deux logiques, selon le temps dont on dispose et l’envie de rouler ou non.

Dans tous les cas, mieux vaut prévoir des arrêts. Le sud marocain se traverse mal à la montre, et ce sont souvent les haltes imprévues, un thé dans une palmeraie ou une kasbah aperçue depuis la route, qui restent en mémoire une fois rentré.

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